En Arizona, l’eau, nerf de la guerre, se fait rare. La croissance démographique fulgurante et le climat changeant mettent à rude épreuve les réglementations sur les eaux souterraines. Un bras de fer oppose promoteurs immobiliers et autorités, et l’enjeu est colossal : l’avenir de l’immobilier, de l’agriculture et de la durabilité.
Une loi dépassée par les événements ?
La loi de 1980 sur la gestion des eaux souterraines, initialement conçue pour les zones urbaines, montre ses limites. Rita Maguire, ancienne directrice du Arizona Department of Water Resources, souligne que les zones en dehors des périmètres de gestion active sont peu ou pas réglementées.
Même au sein de ces zones, des disparités existent. Les villes comme Phoenix doivent prouver leur capacité à répondre aux besoins en eau pour le siècle à venir tous les 15 ans, tandis que les promoteurs construisant en périphérie ne le font qu’une seule fois. Une fois leur projet vendu, ils n’ont plus à justifier de rien.
La règle des 100 ans remise en question
La règle des 100 ans d’approvisionnement garanti, pilier de la gestion de l’eau, est aujourd’hui contestée devant les tribunaux.
En 2023, un nouveau modèle des eaux souterraines a révélé que des villes en pleine expansion comme Buckeye et Queen Creek n’ont plus assez d’eau pour soutenir de nouveaux projets immobiliers à long terme. Le couperet est tombé : plus de permis de construire en dehors des zones desservies par les fournisseurs municipaux.
Spencer Kamps, vice-président de la Home Builders Association of Central Arizona, dénonce un modèle « erroné et manipulé ». Selon lui, cette décision bloque des projets représentant plus de 3 milliards de dollars d’investissement et étouffe le marché du logement abordable.
L’association a porté plainte, accusant l’État de favoriser d’autres secteurs, comme l’industrie et les locations, qui continuent d’exploiter les eaux souterraines avec moins de contraintes.
Deux visions s’affrontent
Rita Maguire défend la règle des 100 ans comme une protection essentielle pour les consommateurs. Pour elle, cette durée est même trop courte. Elle insiste sur la différence entre les eaux renouvelables, comme celles du fleuve Colorado, et les eaux souterraines, dont la reconstitution prend des siècles.
Kamps, lui, déplore que la loi pénalise ceux qui reconstituent les nappes phréatiques, par exemple via le Central Arizona Groundwater Replenishment District. Selon lui, la situation est absurde : « Si vous reconstituez les eaux souterraines, vous ne pouvez pas construire. Mais si vous les épuisez, c’est acceptable. »
Un boom immobilier freiné net ?
La controverse met en lumière les enjeux d’une région en plein essor. Des villes comme Buckeye et Queen Creek attirent les familles chassées par les prix de Phoenix, mais elles se trouvent souvent hors des zones desservies.
« On peut construire des centres de données et des usines à perte de vue, mais pas une seule maison à vendre », s’indigne Kamps. Il rappelle que de grandes entreprises comme Taiwan Semiconductor Manufacturing Company consomment d’énormes quantités d’eau.
Pour lui, le logement consomme moins d’eau que l’agriculture et réduit même le pompage agricole. Il plaide pour un dialogue constructif, car le système actuel est « cassé ».
Le fleuve Colorado en ligne de mire
L’avenir se jouera aussi autour du fleuve Colorado, dont les règles de partage doivent être renégociées d’ici 2026. Les 22 tribus amérindiennes d’Arizona, qui dépendent en grande partie de cette source, sont également parties prenantes.
Kamps souhaite que l’industrie du logement soit associée à ces discussions. Il craint que les restrictions d’eau ne bloquent encore plus de projets.
Un défi pour tout l’état
Le débat sur les eaux souterraines est bien plus qu’une simple querelle entre promoteurs et autorités. Il révèle une profonde remise en question sur la manière dont l’Arizona doit se développer face au réchauffement climatique et à la raréfaction de l’eau.
Maguire se félicite de la sensibilisation croissante du public. Malgré la complexité des enjeux, elle estime que les citoyens sont de mieux en mieux informés.
Mais alors que les batailles juridiques s’intensifient et que les réservoirs se vident, l’Arizona doit faire des choix difficiles : qui ses lois sur l’eau sont-elles censées protéger ? Et quels modèles de développement sont viables à long terme ?








