Si les États-Unis étaient la destination privilégiée des acheteurs chinois fortunés en 2023, la donne a changé en 2024. Les millionnaires chinois se tournent désormais vers la Thaïlande, l’Australie, Singapour et le Royaume-Uni pour leurs investissements immobiliers de plus de cinq millions de dollars, selon les données de l’agence immobilière Juwai IQI.
"L’investissement chinois dans l’immobilier américain a chuté de plus de 50% depuis son pic en 2017", déclare Kashif Ansari, cofondateur et PDG du groupe Juwai IQI. "Les acheteurs recherchent des alternatives plus accessibles." Cette tendance reflète un certain désenchantement envers les États-Unis.
Les ventes de logements anciens aux États-Unis ont chuté plus que prévu en mars (-5,9%). Cette baisse est due à une diminution de la demande, alimentée par les inquiétudes croissantes concernant un ralentissement économique causé par les droits de douane, selon la National Association of Realtors (NAR).
Les données de la NAR montrent que les investisseurs chinois sont restés les principaux acheteurs étrangers de biens résidentiels aux États-Unis pour la onzième année consécutive, mais leur investissement a diminué de plus de 40% par rapport à l’année précédente.
Les Chinois ont dépensé 7,5 milliards de dollars en logements américains au cours des 12 mois précédant mars 2024, contre 13 milliards de dollars sur la même période l’année précédente, toujours selon la NAR.
Les agents immobiliers constatent qu’un nombre croissant d’acheteurs chinois se tournent vers des marchés comme l’Australie, Singapour et le Royaume-Uni. "Même les Américains ne veulent plus vivre dans leur pays en ce moment", souligne Peter Li, directeur général de l’agence immobilière australienne Plus Agency. "Mes acheteurs considèrent les États-Unis comme un endroit un peu plus chaotique et incertain en ce moment et préfèrent l’Australie."

En revanche, au premier trimestre, les acheteurs chinois ont acquis 301 logements à Singapour, soit 42% de plus que les 212 logements acquis par ce groupe d’investisseurs un an auparavant, selon les données officielles.
Singapour : un nouvel eldorado pour les investisseurs chinois ?
"Depuis avril, il semble y avoir une reprise des demandes de renseignements d’entreprises chinoises concernant l’immobilier industriel", ajoute Alan Cheong, directeur exécutif de la recherche et du conseil chez Savills Singapour. "Il est encore trop tôt pour savoir si ces demandes aboutiront à un accord. Mais si c’est le cas, cela augmenterait la probabilité qu’ils acquièrent des logements particuliers."
Une étude publiée par Savills a révélé que Singapour est devenu le lieu de prédilection pour la relocalisation des entreprises chinoises. La ville-État a également occupé la troisième place en termes de relocalisation de personnes fortunées.
"Singapour offre aux personnes et aux familles fortunées une combinaison idéale de stabilité politique, d’allégements fiscaux, d’un cadre juridique solide, d’une éducation et de soins médicaux de premier ordre", affirme George Tan, directeur général de Livethere Residential chez Savills Singapour. "Avec des options résidentielles de luxe et un écosystème commercial prospère, elle est devenue une destination mondiale de premier plan pour ceux qui cherchent à préserver leur patrimoine, leur connectivité et un style de vie de luxe."
Le Royaume-Uni : un marché toujours attractif
Le même intérêt des investisseurs chinois se manifeste également au Royaume-Uni, selon David Johnson, directeur général du cabinet de conseil immobilier Inhous, avec des bureaux à Londres et Dublin (Irlande). "Nous avons aidé plusieurs acheteurs chinois dans leur recherche de propriétés, car ils estiment que le marché immobilier américain devient trop volatil en raison des événements politiques. Londres reste attrayante pour ses excellentes universités, un paysage culturel de grand prestige et des opportunités professionnelles, ainsi que pour ses liaisons de transport rapides avec l’Europe."
La "golden visa" de Trump : un atout caché ?
Malgré tout, le marché immobilier américain conserve un atout dans sa manche: Trump a présenté en février dernier une "golden visa" qui accorderait aux immigrants fortunés le droit de rester aux États-Unis indéfiniment avec un investissement de 5 millions de dollars. Reste à voir si cette mesure suffira à inverser la tendance actuelle.









