Dans un contexte où la solitude, la mobilité professionnelle et la crise du logement redéfinissent notre façon de vivre, des propositions innovantes émergent.
Elles proposent un virage radical par rapport au modèle résidentiel traditionnel. Parmi celles-ci, le ‘flex living’, une formule flexible, partagée et communautaire, se fraie un chemin en Espagne.
Il se présente comme une alternative réelle à la propriété individuelle. À la tête de ce mouvement se trouve Araceli Martín-Navarro, présidente de Coword, l’association à but non lucratif qui dirige l’impulsion et la régulation de ce nouvel écosystème.
Forte de plus de deux décennies d’expérience dans le secteur immobilier, Araceli Martín-Navarro résume avec une ironie mordante un changement profond dans la culture du logement : "Votre belle-mère ou votre sœur célibataire ne prendront plus soin de vous". Elle fait ainsi allusion à la disparition de la famille traditionnelle comme unique soutien de la vie adulte, et à l’essor d’un nouveau paradigme où l’indépendance, la communauté et la flexibilité donnent le ton.
"Nous venons d’une société où louer, c’était jeter l’argent par les fenêtres et acheter une maison était synonyme de succès et de stabilité", réfléchit-elle.
Aujourd’hui, cependant, les priorités ont changé : jeunes professionnels, télétravailleurs, seniors actifs ou étudiants internationaux recherchent des logements qui s’adaptent à leur style de vie mobile, collaboratif et temporaire. C’est là qu’interviennent le ‘coliving’, le ‘cosenior’ et le large éventail de solutions regroupées sous le concept de Flex Living.
Espaces avec âme, services et communauté
Mais qu’est-ce que le ‘flex living’ exactement ? Selon Coword, il s’agit de logements partagés avec des zones privées et communes, des services inclus et une communauté active, conçus pour des séjours de durée variable.
Cette formule répond non seulement aux nouvelles réalités sociales, mais allège également la pression sur le parc de logements traditionnels, en offrant des solutions de qualité pour des besoins temporaires : un master universitaire, une expatriation professionnelle, un traitement médical ou une nouvelle étape de vie après la retraite.
La présidente de Coword insiste sur le fait que le ‘flex living’ n’est pas un luxe réservé à quelques privilégiés, mais une réponse efficace et adaptée à des profils très divers : "Ce n’est pas une question d’âge, mais de mentalité. Ceux qui optent pour ce modèle valorisent davantage l’accès que la propriété, ils privilégient la liberté, l’expérience et la qualité de vie en communauté".
Andalousie : terrain fertile pour une nouvelle façon d’habiter
Bien que les premiers grands projets aient vu le jour à Madrid, l’Andalousie n’est pas en reste. Coword a soutenu des initiatives pionnières dans des villes comme Málaga, Séville ou Grenade.
"Nous travaillons sur un modèle urbain mixte qui combine résidence étudiante, ‘coliving’ et ‘senior living’, avec des services publics intégrés tels que des centres de soins et des établissements scolaires. Nous voulons que chaque quartier puisse accueillir différents profils de cohabitants, bien connectés, avec des services adaptés et des espaces conçus pour favoriser la vie en communauté".
Cette approche intégrale et reproductible fait du ‘flex living’ un instrument urbain puissant, capable de transformer les quartiers et les villes à partir de la base, avec une vision intergénérationnelle et durable.
Coword : l’âme technique et éthique du secteur
Derrière cette impulsion se cache une structure solide. Coword n’est ni un promoteur ni un opérateur immobilier, mais une association d’experts issus de tous les horizons du secteur : promoteurs, architectes, ingénieurs, juristes, urbanistes, consultants et sociologues.
Parmi ses membres figurent des entreprises telles que TYPSA, Andersen, Gesvalt, CBRE, AEDAS Homes ou Valenthia Strategy. Leur objectif : professionnaliser et réguler le secteur du ‘flex living’, défendre ses valeurs et offrir des conseils aux administrations publiques.
"Nous sommes motivés par un engagement très clair envers la société. Nous voulons que ces nouveaux modèles de vie en commun soient compris, bien réglementés et mis en œuvre avec des garanties. C’est pourquoi nous organisons des journées, collaborons avec les municipalités et les gouvernements régionaux et partageons nos connaissances au niveau international", explique Araceli Martín-Navarro.
Parmi ses initiatives les plus remarquables, citons la publication du premier Guide complet du Coliving en espagnol et l’organisation du Living Summit, un événement qui se positionne déjà comme un rendez-vous incontournable pour les investisseurs, les urbanistes, les législateurs et les professionnels du secteur. "Nous voulons attirer des investissements responsables, encourager la collaboration public-privé et garantir un cadre normatif stable qui permette de développer ces modèles", ajoute-t-elle.
Un changement d’ère dans la façon de vivre
Loin d’être une mode passagère, le ‘flex living’ représente, selon Coword, une véritable révolution du logement : "Nous avons laissé derrière nous le mythe de l’appartement en propriété comme seul modèle valable. Aujourd’hui, l’idée de vivre mieux, et non plus grand, s’impose. Partager, ce n’est pas renoncer, c’est additionner", conclut Araceli Martín-Navarro.
Dans un monde où le foyer ne se définit plus seulement par ses mètres carrés, mais par sa capacité à s’adapter à celui qui l’habite, le message de Coword résonne avec force : le logement du futur sera partagé, connecté et flexible. Et le futur a déjà commencé.









